Lybaëlle obéit, elle n'avait pas d'autre choix si elle voulait connaître cette histoire. Elle était réellement intriguée, mais elle ne voyait pas du tout en quoi elle intéressait la garde royale et le roi au sujet de cette prophétie. Elle l'apprendrait sûrement dans quelques instants. Elle prit deux morceaux de viande dans les sacs de selles, ainsi que deux couvertures, puis se rapprocha de nouveau du feu.
« Merci, dit Vérala quand la jeune fille lui tendit sa viande et sa couverture. Où j'en étais, ah oui, la Stënaca et son histoire. C'est un récit tellement ancien qu'il ressemble presque à une légende, il est si lointain que seul un Elfes s'en souvient encore. Les Hommes n'étaient pas nés, les jeunes Elfes découvraient encore les secrets de leurs forêts et les Nains s'initiaient aux arts de la forge. Ces deux espèces se haïssaient depuis que les Elfes avaient prit possession des grandes étendues d'arbres, que les Nains considéraient comme la demeure de leurs dieux. Quoiqu'il en soit, un jour, le vent arriva, une véritable tempête, il fut bientôt suivi par de gigantesques vagues, puis des tremblements de terre et enfin, un immense volcan déversa ses flots de lave sur l'actuel Royaume. Ces cataclysmes étaient en réalité la diversion dont avait besoin un peuple des montagnes du Nord pour envahir les terres des Elfes et des Nains. À la tête de cette armée de démons nordiques, un puissant mage noir nommé Rebbek, armé d'un grand bâton de sorcier.
-Je n'avais jamais entendu pareille histoire! S'exclama Lybaëlle toute excitée.
-C'est à cause de la suite, les deux peuples de l'époques, d'un commun accord ont décidé de ne rien dire aux Humains.
-Mais pourquoi vous savez vous, alors?
-Mon maître me l'a dit sur son lit de mort, elle m'a fait promettre que je perpétuerai ces secrets pour l'Elue. Bon continuons. Une armée de démons descendait des montagnes, commandées par un affreux magicien ayant pour unique ambition de diriger le monde à sa guise. Les Elfes et leur vue perçantes virent l'envahisseur assez tôt pour contrer l'attaque, dans une petit vallée où le nombre importait peu, c'est la vallée connue aujourd'hui sous le nom de Sgana. Les Nains se joignirent à eux, formant ainsi une improbable alliance, qu'ils nommèrent l'Union. Cette Union l'emporta, tuant Rebbek et récupérant son bâton de sorcier. Sur cette arme, il y avait sept pierres: un diamant, un rubis, un saphir, une émeraude, une améthyste, fragment d'ambre et une magnifique agate noire. L'Agathe commandait toutes les autres pierres, qui servaient à commander les éléments et les personnes. Sans l'Agathe, les éléments ne pouvaient être commandés, sans les pierres, le pouvoir est réduit. Cette Agathe fut nommée Stënaca par les Elfes, c'est à dire: Pierre Sacrée Maudite, c'est une traduction littérale. L'Agathe ne se trouvait plus sur le bâton quand l'Union l'a volé, nous supposons que c'est le jeune apprenti de Rebbek , Delecar, qui l'a prise avant de s'enfuir avec les survivants de son espèce. Aujourd'hui, nous savons que cette armée revient, plus forte que jamais. Ce sont...
-Les éléments qui l'ont prédit.
-Tout à fait, tu as compris. Tu as maintenant cette décision cruciale à prendre, seras-tu l'Elue?
-Mais je ne vois vraiment pas en quoi vous pouvez croire que je suis cette Elue! S'énerva Lybaëlle.
Je ne suis qu'une petite oracle, pratiquant la magie mineure...
-Ce que tu as fait avec le feu, c'est loin d'être de la magie mineure, ni même de la magie supérieure, ton pouvoir est bien plus grand. De toute façon, ce n'est pas une raison pour s'énerver, d'ailleurs pourquoi t'es tu mise en colère?
-J'ai peur, bredouilla-t-elle
-Pardon? Je n'ai strictement rien entendu.
-J'ai peur. Dit Lybaëlle, parlant enfin intelligiblement.
-Tu as peur de quoi?
-D'être cette Elue et d'avoir une mission si importante à remplir, sauvé le monde d'une horde de démon, c'est un peu beaucoup pour moi là, je suis vraiment désolée.
-Mais si tu étais l'Elue, remplirais-tu « ta mission »?
-Bien sûr! J'ai peur, mais je ne laisserai pas ces brutes tuer mes parents, mais amis, les autres, le monde que je connais...
-C'est bien Lybaëlle. Dors maintenant, demain nous avons beaucoup de route à faire.
-Nous allons où?
-d'abord à Tholgor, puis à Imlyris, la capitale des Elfes... »
Le lendemain arriva bien vite, la nuit s'était passée sans incident. Le réveil fut tout de même dur pour Lybaëlle, qui ne s'était pas remise des révélations de Vérala. Elle ne comprenait toujours pas en quoi la guérisseuse voyait en elle, simple petite oracle de campagne, l'Elue, celle qui délivrera le monde de la puissance de cette Agathe. Comme elle l'avait difficilement admit au cour de la soirée, elle avait peur, très peur. Pour tout le village, c'était la plus courageuse de toutes, celle qui affrontait les tempêtes, les ouragans, mais ils devaient, comme Vérala, ignorer son pouvoir, son contrôle des éléments. Quoi de plus naturel de sortir par un temps orageux quand on peut ordonner à la pluie de cesser de tomber, quand on peut obliger le vent à se lever pour faire fuir les nuages...
Lybaëlle se détestait en cet instant, elle se sentait lâche, peureuse, « chochotte » comme aurait dit ses amis de Vraren, mais elle sentait que cette prophétie la dépassait totalement, elle en riait presque. « Tu es ridicule de te mettre dans tous tes états pour ça, ce n'es pas toi l'Elue! » ne cessait elle de se répéter mentalement, mais la guérisseuse, elle, semblait persuadée du contraire, et n'arrêtait jamais de lui faire promettre d'accomplir sa mission, sa tâche, son destin. Lybaëlle se disait aussi que si elle était bien l'Elue, sa vie devait consacrée à l'accomplissement de la prophétie. Elle n'était plus sûre d'elle, comme coincée dans une impasse, elle n'avait plus le choix de toute façon. Elle était perdue dans ses pensées
« Vas-tu encore rêver longtemps? Nous avons beaucoup de route à faire et le Soleil va se lever dans d'un moment à l'autre, dépêches toi!
-Oui Vérala, j'arrive. » Deux secondes plus tard, elle était en selle. Elle ne montait que très rarement à cheval à Vraren, mais elle le faisait bien, Vahne lui avait apprit, il lui disait tout le temps: « Ça risque de d'être utile un jour! », c'était à croire qu'il était au courant. Après tout, peut-être...
« Ce n'est plus l'heure de dormir, jeune fille.
-Oh, désolée, je réfléchissais. Que disiez-vous?
-Nous allons partir au galop, es-tu prête?
- Oui, allons-y! » Fit-elle en talonnant sa monture. Le galop était son allure préférée, plus rapide et beaucoup plus confortable que le trot, de plus, son cheval était comme un fauteuil, s'était un véritable plaisir. Le vent produit par la vitesse la décoiffait, puis une immense rafale arriva, manquant de la faire basculer en arrière. Elle fonça dans une masse sombre devant elle.
« Oh! Pardon, Vérala, je voulais juste un peu plus de vent...
-Bon ce n'est pas grave. Laissons ces pauvres bêtes faire une pause.
-Elles n'en ont pas besoin.
-Comment le sais-tu?
-Bah, ça me semble évident, c'est comme si elles me l'avaient dit.
-Tu m'étonneras toujours, maintenant, voilà que tu as un don d'empathie.
-C'est quoi l'empathie?
-Tu ressens les besoins des chevaux, c'est bien ça?
-Exactement, j'arrivais pas l'expliquer!
-Eh bien, c'est ça le don d'empathie, ressentir ce que les autres ressentent. Tu peux le faire avec les Humains?
-Euh, ça ne m'est arrivé qu'une seule fois. Vahne était tellement en colère ce jour là, ça m'a mit hors de moi, je me suis enfermée dans ma chambre pendant trois jours. Pourtant, sa colère n'avait rien à voir avec moi, c'était à cause d'un marchand ambulant un été.
-J'aurais du m'en douter, tes pouvoirs sont limités sans les pierres... » Lybaëlle ne se sentait pas capable de répliquer, elle n'en avait pas envie, et puis quoi qu'elle dise, Vérala ne changerait pas d'avis
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