début du chapitre 2

début du chapitre 2
Chapitre 2: le voyage




La nuit tombait lourdement, comme un rideau de velours sur le Royaume. Lybaëlle et Vérala avaient quitté Vraren depuis trois jours, elle avançaient lentement mais sûrement vers leur destination finale, que seule la guérisseuse connaissait. De toutes les choses qu'elle avait dit devoir apprendre à Lybaëlle, elle n'avait rien révélé. À chaque fois que la jeune fille abordait le sujet, Vérala répondait d'un ton qui montrait la fin de la conversation: « Il est trop tôt ». L'oracle trépignait d'impatience, quels secrets allait-elle apprendre? Mais à chaque fois, elle était ignorée, et cela avait pour conséquence sa bouderie. Vérala restait impassible à tous ces caprices, malgré tous les efforts de Lybaëlle pour chercher la limite à sa patience. Mais elle vidait son esprit, de manière à ce que patience soit infinie. Lybaëlle se dit que ce soir, elle ne poserait pas de question sur ce sujet, elle n'avait aucune chance de gagner. Vérala dévoilerait ses secrets quand la jeune fille sera prête.
« Nous allons nous arrêter là, déclara la guérisseuse, attache les chevaux, je vais faire un feu. » Sur ce elle ramassa quelques brindilles bien sèches et deux grosses pierres. Lybaëlle la regardait faire tout en obéissant à son ordre, elle tapait les cailloux entre eux, produisant des étincelles, destinées à allumer ...
« Le feu.
-Quoi? Euh pardon, excusez moi, mais qu'avez vous dit?
-Tu regardais ces silex un drôle de regard, c'est pour allumer le feu.
-Oui, je me demandais pourquoi vus utilisiez ces cailloux, ces silex. Vous ne pouvez pas l'allumer en lui demandant tout simplement de s'allumer?
-Parce que tu peux le faire, toi?
-Bien sur! Vous ne pouvez pas?
-Non, personne ne peut, normalement...Mais tu sembles être un exception...Montre moi donc ce que tu sais faire.
-De suite! » Lybaëlle avait hâte de montrer son talent, peut-être que Vérala lui dirait ce qu'elle savait si elle était satisfaite. La jeune fille tendit les mains vers l'emplacement prévu pour le feu, comme si elle voulait le caresser, puis elle marmonna quelques mots incompréhensibles pour la guérisseuse. Quelques secondes plus tard, sur le petits tas de branches mortes, une petite étincelle dansait, se développait.
« Grandis maintenant! » Ordonna Lybaëlle au feu, il obéit. Vérala était abasourdie, elle n'en croyait pas ses yeux, un tel pouvoir n'existait pas, sauf si...

# Posté le dimanche 22 juillet 2007 07:38

Modifié le mardi 22 avril 2008 11:29

suite chapitre 2

suite chapitre 2

« Lybaëlle.
-Oui.
-Je crois que tu es prête à recevoir mon enseignement, mais saches que tu auras une décision capitale à prendre à la fin de cette conversation.
-
Très bien, je vous écoute. Lybaëlle était anxieuse, mais elle avait si hâte de savoir.
-Ce q
ue je sais, je l'ai apprit de mon ancien maître, quand j'étais apprentie oracle. C'était le prédécesseur de ton maître, elle s'appelait Fëleal (ça veut dire forêt) et c'était une Demi-elfe. Elle aurait du avoir le destin que je vais te proposer maintenant, mais elle avait peur de la mort, son côté Elfe était trop fort.
-Mais l
es Elfes ne meurent pas, je me trompe?
-Pas to
ut à fait, les Elfes ne connaissent ni maladie, ni viellesse, toutefois, ils peuvent mourir blessés, par le poison, la magie ou le chagrin. Mais laissons ça de côté pour l'instant, ce que j'ai à te révéler est très important. Tu nous avais dit, à tes parents et moi, que le garde venu te chercher avait parlé d'une prophétie. Eh bien, cette prophétie existe vraiment, ce n'est pas une légende, je l'ai moi même entendue, c'était les derniers mots de mon maître...Je vais te la réciter: Une seule äme aura le pouvoir de déterrer les soeurs de la Stënaca, une seule äme aura le pouvoir de contrôler celles qu'elle ne cesse d'appeler, une seule äme aura un jour le Savoir Suprême. Elle seule pourra la détrôner, la détruire et l'enfouir dans le Lieu Sacré, car elle sera la seule à pouvoir l'égaler. Aussi vite que le vent fait virevolter la terre, aussi vite que l'eau éteint le feu, cette äme, l'Elue, arrive.
-Mai
s c'est quoi cette äme?
-Vois-tu, ce m
ot appartient à la langue elfique, il a deux sens interprétables. Le premier de ces sens est le mot de notre langue: « âme », c'est un mot assez transparent. Mais le deuxième sens est beaucoup plus important, il signifie jeune fille de sang-mêlé, c'est-à-dire, pour les Elfes: une Demi-elfe. Mon maître n'a eu connaissance de cette prophétie que quand elle venait d'acquérir la place d'oracle de Vraren, comme toi, mais personne n'est venu la chercher...
-Peut-
être que l'ancien roi ne savait pas pour la prophétie.
-C'est aussi ce que je m
e suis dit, mais ce qui est important à savoir, c'est qu'elle avait des pouvoirs semblables aux tiens. Moins développés tout de même, mais elle comprenait les éléments, elle vivait en eux.
-Je
ne vis pas en les éléments, c'est eux qui vivent en moi!
-Que veux-tu dire p
ar là?
-Ils pénètrent dans mon être et
je leur commande. J'ai toujours fait ça, depuis que je suis toute petite.
Mai
s c'est quoi cette histoire de Stënaca et de Demi-elfe? Je ne vois pas en quoi je suis concernée.
-Ce n'es
t pas bien compliqué, mais c'est une très longue histoire, et il est l'heure de manger. Vas nous chercher de la viande séchée dans le sac, je te raconterai après. »

# Posté le lundi 23 juillet 2007 07:04

Modifié le dimanche 20 janvier 2008 06:32

suite 2-chapitre 2

suite 2-chapitre 2
Lybaëlle obéit, elle n'avait pas d'autre choix si elle voulait connaître cette histoire. Elle était réellement intriguée, mais elle ne voyait pas du tout en quoi elle intéressait la garde royale et le roi au sujet de cette prophétie. Elle l'apprendrait sûrement dans quelques instants. Elle prit deux morceaux de viande dans les sacs de selles, ainsi que deux couvertures, puis se rapprocha de nouveau du feu.
« Merci, dit Vérala quand la jeune fille lui tendit sa viande et sa couverture. Où j'en étais, ah oui, la Stënaca et son histoire. C'est un récit tellement ancien qu'il ressemble presque à une légende, il est si lointain que seul un Elfes s'en souvient encore. Les Hommes n'étaient pas nés, les jeunes Elfes découvraient encore les secrets de leurs forêts et les Nains s'initiaient aux arts de la forge. Ces deux espèces se haïssaient depuis que les Elfes avaient prit possession des grandes étendues d'arbres, que les Nains considéraient comme la demeure de leurs dieux. Quoiqu'il en soit, un jour, le vent arriva, une véritable tempête, il fut bientôt suivi par de gigantesques vagues, puis des tremblements de terre et enfin, un immense volcan déversa ses flots de lave sur l'actuel Royaume. Ces cataclysmes étaient en réalité la diversion dont avait besoin un peuple des montagnes du Nord pour envahir les terres des Elfes et des Nains. À la tête de cette armée de démons nordiques, un puissant mage noir nommé Rebbek, armé d'un grand bâton de sorcier.
-Je n'avais jamais entendu pareille histoire! S'exclama Lybaëlle toute excitée.
-C'est à cause de la suite, les deux peuples de l'époques, d'un commun accord ont décidé de ne rien dire aux Humains.
-Mais pourquoi vous savez vous, alors?
-Mon maître me l'a dit sur son lit de mort, elle m'a fait promettre que je perpétuerai ces secrets pour l'Elue. Bon continuons. Une armée de démons descendait des montagnes, commandées par un affreux magicien ayant pour unique ambition de diriger le monde à sa guise. Les Elfes et leur vue perçantes virent l'envahisseur assez tôt pour contrer l'attaque, dans une petit vallée où le nombre importait peu, c'est la vallée connue aujourd'hui sous le nom de Sgana. Les Nains se joignirent à eux, formant ainsi une improbable alliance, qu'ils nommèrent l'Union. Cette Union l'emporta, tuant Rebbek et récupérant son bâton de sorcier. Sur cette arme, il y avait sept pierres: un diamant, un rubis, un saphir, une émeraude, une améthyste, fragment d'ambre et une magnifique agate noire. L'Agathe commandait toutes les autres pierres, qui servaient à commander les éléments et les personnes. Sans l'Agathe, les éléments ne pouvaient être commandés, sans les pierres, le pouvoir est réduit. Cette Agathe fut nommée Stënaca par les Elfes, c'est à dire: Pierre Sacrée Maudite, c'est une traduction littérale. L'Agathe ne se trouvait plus sur le bâton quand l'Union l'a volé, nous supposons que c'est le jeune apprenti de Rebbek , Delecar, qui l'a prise avant de s'enfuir avec les survivants de son espèce. Aujourd'hui, nous savons que cette armée revient, plus forte que jamais. Ce sont...
-Les éléments qui l'ont prédit.
-Tout à fait, tu as compris. Tu as maintenant cette décision cruciale à prendre, seras-tu l'Elue?
-Mais je ne vois vraiment pas en quoi vous pouvez croire que je suis cette Elue! S'énerva Lybaëlle.
Je ne suis qu'une petite oracle, pratiquant la magie mineure...
-Ce que tu as fait avec le feu, c'est loin d'être de la magie mineure, ni même de la magie supérieure, ton pouvoir est bien plus grand. De toute façon, ce n'est pas une raison pour s'énerver, d'ailleurs pourquoi t'es tu mise en colère?
-J'ai peur, bredouilla-t-elle
-Pardon? Je n'ai strictement rien entendu.
-J'ai peur. Dit Lybaëlle, parlant enfin intelligiblement.
-Tu as peur de quoi?
-D'être cette Elue et d'avoir une mission si importante à remplir, sauvé le monde d'une horde de démon, c'est un peu beaucoup pour moi là, je suis vraiment désolée.
-Mais si tu étais l'Elue, remplirais-tu « ta mission »?
-Bien sûr! J'ai peur, mais je ne laisserai pas ces brutes tuer mes parents, mais amis, les autres, le monde que je connais...
-C'est bien Lybaëlle. Dors maintenant, demain nous avons beaucoup de route à faire.
-Nous allons où?
-d'abord à Tholgor, puis à Imlyris, la capitale des Elfes... »
Le lendemain arriva bien vite, la nuit s'était passée sans incident. Le réveil fut tout de même dur pour Lybaëlle, qui ne s'était pas remise des révélations de Vérala. Elle ne comprenait toujours pas en quoi la guérisseuse voyait en elle, simple petite oracle de campagne, l'Elue, celle qui délivrera le monde de la puissance de cette Agathe. Comme elle l'avait difficilement admit au cour de la soirée, elle avait peur, très peur. Pour tout le village, c'était la plus courageuse de toutes, celle qui affrontait les tempêtes, les ouragans, mais ils devaient, comme Vérala, ignorer son pouvoir, son contrôle des éléments. Quoi de plus naturel de sortir par un temps orageux quand on peut ordonner à la pluie de cesser de tomber, quand on peut obliger le vent à se lever pour faire fuir les nuages...
Lybaëlle se détestait en cet instant, elle se sentait lâche, peureuse, « chochotte » comme aurait dit ses amis de Vraren, mais elle sentait que cette prophétie la dépassait totalement, elle en riait presque. « Tu es ridicule de te mettre dans tous tes états pour ça, ce n'es pas toi l'Elue! » ne cessait elle de se répéter mentalement, mais la guérisseuse, elle, semblait persuadée du contraire, et n'arrêtait jamais de lui faire promettre d'accomplir sa mission, sa tâche, son destin. Lybaëlle se disait aussi que si elle était bien l'Elue, sa vie devait consacrée à l'accomplissement de la prophétie. Elle n'était plus sûre d'elle, comme coincée dans une impasse, elle n'avait plus le choix de toute façon. Elle était perdue dans ses pensées
« Vas-tu encore rêver longtemps? Nous avons beaucoup de route à faire et le Soleil va se lever dans d'un moment à l'autre, dépêches toi!
-Oui Vérala, j'arrive. » Deux secondes plus tard, elle était en selle. Elle ne montait que très rarement à cheval à Vraren, mais elle le faisait bien, Vahne lui avait apprit, il lui disait tout le temps: « Ça risque de d'être utile un jour! », c'était à croire qu'il était au courant. Après tout, peut-être...
« Ce n'est plus l'heure de dormir, jeune fille.
-Oh, désolée, je réfléchissais. Que disiez-vous?
-Nous allons partir au galop, es-tu prête?
- Oui, allons-y! » Fit-elle en talonnant sa monture. Le galop était son allure préférée, plus rapide et beaucoup plus confortable que le trot, de plus, son cheval était comme un fauteuil, s'était un véritable plaisir. Le vent produit par la vitesse la décoiffait, puis une immense rafale arriva, manquant de la faire basculer en arrière. Elle fonça dans une masse sombre devant elle.
« Oh! Pardon, Vérala, je voulais juste un peu plus de vent...
-Bon ce n'est pas grave. Laissons ces pauvres bêtes faire une pause.
-Elles n'en ont pas besoin.
-Comment le sais-tu?
-Bah, ça me semble évident, c'est comme si elles me l'avaient dit.
-Tu m'étonneras toujours, maintenant, voilà que tu as un don d'empathie.
-C'est quoi l'empathie?
-Tu ressens les besoins des chevaux, c'est bien ça?
-Exactement, j'arrivais pas l'expliquer!
-Eh bien, c'est ça le don d'empathie, ressentir ce que les autres ressentent. Tu peux le faire avec les Humains?
-Euh, ça ne m'est arrivé qu'une seule fois. Vahne était tellement en colère ce jour là, ça m'a mit hors de moi, je me suis enfermée dans ma chambre pendant trois jours. Pourtant, sa colère n'avait rien à voir avec moi, c'était à cause d'un marchand ambulant un été.
-J'aurais du m'en douter, tes pouvoirs sont limités sans les pierres... » Lybaëlle ne se sentait pas capable de répliquer, elle n'en avait pas envie, et puis quoi qu'elle dise, Vérala ne changerait pas d'avis
.

# Posté le lundi 23 juillet 2007 07:09

Modifié le dimanche 20 janvier 2008 06:31

fin du chapitre 2

fin du chapitre 2
« Nous allons repartir au galop, pas de vent cette fois, attention! »
Les
chevaux galopaient depuis au moins une heure, dans une forêt étonnamment sombre, quand Lybaëlle s'arrêta.
« Ma
intenant, ils ont besoin d'une pause, et j'ai faim!
-Trè
s bien, nous allons nous arrêter dans la prochaîne clairière. »
Comme promis, Vérala mit pied à terre. La clairière était plutôt agréable: de nombreuses fleurs tapissaient un sol mousseux, une brèche dans le toit de branches laissait apercevoir un ciel bleu, sans nuage. L'air était frais, reposant. Au centre de la petite enclave, une source laissait s'écouler une eau pure et transparente. Ce lieu constituait l'endroit rêvé pour quelques minutes de repos. Lybaëlle remplit leurs gourdes et attacha les chevaux de manière à ce qu'ils puissent s'abreuver, puis elle alla en suite s'assoir près de la guérisseuse.
«
Comment va ta jambe? Demanda Vérala
-
Bien, très bien, je n'ai plus mal.
-Ta
nt mieux, car demain nous serons à Tholgor, si nous sommes poursuivies, il nous faudra courrir vite, sans penser à nos blessures... »
Lyba
ëlle ne comprit pas, mais elle ne posa aucune question. S'il y avait un quelconque rapport avec cette histoire d'Elue, elle ne s'en sortirait jamais. Elle préféra changer de sujet.
«
Quand repartons-nous?
-Nou
s allons rester ici cette nuit, nous sommes tout près de Tholgor, mais nous aurons du mal a trouver une chambre dans une auberge convenable à l'heure où nous arriverons.
-Trè
s bien, je vais faire un feu...
-Non,
nous mangerons des biscuits secs ce soir, la garde royale est aussi dans cette forêt, ne prenons pas le risque de nous faire prendre si proches du but.
-D
'accord » dit Lybaëlle d'un air déçu, elle avait vraiment envie de ses servir de ses pouvoirs, mais l'occasion vint à la tome de la nuit, la pluie tombait, elle l'arrêta. Puis s'endormit rapidement.
Vér
ala veillait, elle regardait les étoiles apparaître, elles étaient si belles, elles lui rappelaient tant de souvenirs. Son regard se tourna vers Lybaëlle. Elle dormait paisiblement.
«
Tu comprendra un jour que j'avais raison, tu es l'Elue, mais tu n'en as pas encore conscience. Dors sur tes deux oreilles, pendant qu'il est encore temps.... », puis se laissa aller à réfléchir à ses propres problèmes.
Un b
ruit terrible retentit, un grognement, un gémissement, réveillant Lybaëlle en sursaut.
«
Que se passe-t-il? » elle n'eu pas besoin d'entendre la réponse. Au dessus de leurs têtes, une créature tout droit sortir de l'enfer scrutait la noirceur de la forêt.
« Fëleala!Coryl ü! Ëpyl Serpelk üd vryl! » La forêt obéit, les arbres grandirent, la brèche était fermée, le dragon ne les voyait plus.
« B
ien joué! Mais ne restons pas ici une minute de plus, le roi te cherche, il fera tout pour te trouver. Partons. Le soleil se lèvera dans deux heures, le dragon de la nuit qui nous poursuivait sera partit, ils ne supportent pas la lumière. »
Elles se mirent en selle, galopant à travers la forêt, se retournant toutes les dix minutes pour s'assurer qu'elles n'étaient pas suivies.
.

# Posté le lundi 23 juillet 2007 07:13

Modifié le dimanche 20 janvier 2008 06:31

Chapitre 3

Chapitre 3
Chapitre 3: Olal


Un soleil pâle se levait, dévoilant la grande magnificence de la ville. Les mille-et-une tours de Tholgor se dressaient, disparaissaient, puis réapparaissaient au travers de doux et cotonneux nuages, qui ornaient un ciel sombre encore, d'où suintait une rosée timide. Lybaëlle se sentait si petite en pénétrant dans cette cité ancestrale, lieu de centaines de légendes. Elle entra aux côtés de Vérala par une merveilleuse porte, qui semblait haute d'au moins une lieue! Cette porte était décorée de fines dorures, inaltérées par les siècles, qui décrivaient la fondation de la ville par les Anges, ces êtres dont tout le monde connaît l'existence, mais que personne n'a jamais vu. Cette entrée sur la ville était entourée d'épais remparts de marbre, d'un blanc si éclatant qu'il en devenait surnaturel. Les tours de gardes étaient si larges que Lybaëlle les avaient d'abord confondues avec des donjons. La jeune oracle était véritablement émerveillée par l'étrange beauté de la capitale. La rue était immense, et bien que ce ne fut que l'aurore, des dizaines de carrosses et charrues circulaient, d'une façon si étrange aux yeux de Lybaëlle: il y avait deux files qui ne se croisaient jamais, chacune avançait dans le sens contraire de l'autre, et à chaque gros boulevard, un homme habillé en vert anis faisait la circulation. De chaque côté de ces rues, il y avait un trottoir semblable à celui longeait la jeune fille, derrière Vérala. Sur ses voies de circulations piétonnières, des centaines de marchands ambulants créaient une atmosphère bruyante, vantant les mérites de leur marchandise, exposée dans d'alléchantes vitrines, aux milliers de passants. Lybaëlle trouvait charmante la manière dont vivait déjà Tholgor en une heure aussi matinale. Des odeurs douces et fruitées qui parvenaient jusqu'aux narines de Lybaëlle lui rappelèrent la faim qui la tenait depuis deux jours, et Vérala la ressentait aussi. La guérisseuse fit stopper sa monture et tira d'un des sac de selle une petite bourse de velours rouge qui semblait bien remplie. Elle s'approcha d'une échoppe de pâtisserie et marchanda les deux brioches qu'elle tenait maintenant dans les mains. Elle en tendit une à Lybaëlle, qui la dévora sans dire mot. Elles chevauchèrent un moment encore avant de s'arrêter devant une ruelle obscure et silencieuse. Un seul petit stand se tenait dans cette impasse, que le jour et la jovialité des habitants semblaient fuir. La jeune guérisseuse mit pied à terre, puis avança vers le commerçant avec un air grave.

L'homme paraissait âgé, presque sénile, bien que son visage était camouflé par l'ombre de son chapeau légèrement triangulaire. Ses mains trahissaient son âge. Il était petit, environ deux têtes de moins que Lybaëlle. Il tenait ferment une canne de sa main droite, biscornue, mais taillée dans un bois rare. Il portait des vêtements usés, ceux d'un voyageur: une chemisette grise, autrefois blanche, et un pantalon vert passé qui lui arrivait à mi-chevilles. A ses pieds: des sandales de cuir brun, souples et solides, idéales pour marcher.

Vérala s'appuya sur le présentoir, l'homme leva les yeux vers elle. Lybaëlle retint son expression d'étonnement, elle n'avait jamais vu un tel homme. Sa peau était basanée et son visage présentait deux petits yeux vifs, d'un vert très clair, bridés. La jeune fille ne comprit d'où venait l'étrange personnage que lorsqu'il prit la parole.
« Bonjour, dit-il fixant Vérala de ses yeux perçants, Que puis-je faire pour toi, guérisseuse? » Il devait avoir reconnu la robe violette. Sa voix était tremblante, ce qui confortait l'impression de vieillesse qu'avait ressentit Lybaëlle, mais elle était surtout teintée d'un fort accent du sud, qui attestait que sa langue maternelle n'était pas celle du Royaume. Sa prononciation était plus chantante, douce, exotique.
« C'est moi, vieux fou! Tu ne reconnais donc pas?
-Vérala? s'écria l'homme de sa voix chaude en se jetant dans les bras de la jeune femme. Ça fait si longtemps! Ainsi tu es devenue membre de la guilde des Blancs Magiciens.
-Oui, j'ai décidé de consacrer ma vie et mon art aux autres. J'ai dédié ma magie à la médecine, à ses secrets encore inconnus. C'est tellement passionnant!
-En tout cas, tu as vraiment l'air passionnée, et c'est tout à fait compréhensible. Tes yeux brillent encore de ces mots.
-Mais toi Olal, qu'as tu à me raconter?
-peu de bonnes choses, je crains. Le nouveau roi du Vekstan s'apprête à remettre en cause les accords avec le Royaume. Il va mettre fin au Pacte de Non Agression, il prépare la guerre, Vérala, bientôt ça deviendra officiel. Ce sera notre fin à tous... »
Lybaëlle écoutait attentivement. Le dénommé Olal venait de confirmer son idée, un vague souvenir d'un cours de géographie il y a quelques années, lui rappela la localisation de ce pays, à la frontière sud du Royaume. Elle se mit alors à rêver des étendues vertes remplies de fleuves et de voyages équatoriaux au c½ur de la forêt vierge Vekstiane.
« Qui est ce nouveau roi?
-Boldarn, issu de la lignée de Boldavid, il est le fils de son aînée, c'est le cousin du roi défunt Olvar, et par conséquent, son héritier. Malheureusement la branche des rois fous a reprit le dessus. »
Cette réplique du marchand laissait Lybaëlle incrédule, elle comprenait si peu, elle avait tant de questions à poser...Mais elle avait conscience de la gravité des propos. Elle avait peur, une nouvelle fois. Le chaos approchait inévitablement, même les alliés devenaient des ennemis. Quels avantages avaient-ils à en tirer? Même les vieux amis semblaient l'ignorer. Lybaëlle sentait une véritable puissance maléfique grandir en ce monde. Conquérante, elle dévorait le Continent entier. Le monde apparaissait bien plus complexe que jadis aux yeux de Lybaëlle, où peut-être venait-elle seulement d'en prendre conscience. Elle se rendait maintenant compte de la part de noirceur qui siégeait en toute chose, évitant de songer à la partie de son être qui présentait cette noirceur. Elle se disait aussi que le phénomène devait être inversé pour les créatures des Ténèbres, une part de leur subconscient désirait fatalement, au plus profond de leur âme, renier le mal qu'ils font... Sa vision de l'univers dans lequel elle évoluait changeait de jour en jour, devant plus philosophique, intégrant les principes qu'elle avait autrefois apprit. Elle n'était pas encore une adulte, mais ne se sentait plus l'enfant qu'elle avait été en quittant Vraren trois jours auparavant.
Désireuse de comprendre, elle se replongea dans la conversation, décidée à se forger une opinion.
« Mais pourquoi n'as-tu pas réclamé ce trône, Olal? Tu étais en droit de le faire, non?
-Régner n'est pas ma destinée...
-Parce qu'elle est sûrement d'être marchand ambulant et de finir sa vie en mendiant dans une rue de Tholgor! S'emporta Vérala.
-Non, j'ai une mission de la plus haute importance à remplir. Mais il faut me comprendre. Je suis vieux, je n'ai pas d'héritier... Il aurait eu le pouvoir dans quelques années. Mon heure approche, tu sais... »

Ainsi elle était en présence d'un prince! Lybaëlle n'en revenait pas, mais elle se calma, restant parfaitement immobile et impassible: elle ne voulait pas se montrer ridicule. Mais ce ne fut pas le cas longtemps, car Vérala s'empressa de changer de sujet:
« Je ne comprendrais décidément jamais les Vekstians et leur fatalité! Déclara-t-elle. Fort heureusement, les nouvelles que j'apporte de mon côté sont bien meilleures que les tiennes.
-Quelles sont-elles? Demanda Olal, curieux.
-Eh bien, je te présente cette charmante jeune fille qui possède toutes les qualités requises à la fonction d'Elue. Attention, elle mord dés qu'on aborde le sujet... »

Le vieil homme se tourna vers Lybaëlle, que la guérisseuse désignait gracieusement d'un signe de la main. Olal n'avait pas encore prit le temps de l'observer, et de ce fait, il scruta chacun des petits détails qui faisait le charme de son visage; s'attardant sur son regard bleuté et malicieux, laissant traîner ses yeux sur les hautes paumettes roses de Lybaëlle, sur ses lèvres d'un rouge discret et délicat, puis enfin sur son menton fier. Il fut même charmé par les superbes éclats d'or de sa longue et ondulante chevelure rousse. Il la trouvait belle, très belle, digne de sa mission.
« Je dois avouer que je n'imaginais pas une Elue avec d'aussi beaux cheveux. Ces reflets de feu sont tout simplement enchanteurs. Lybaëlle rougit, Olal sourit.
Comment t'appelles-tu, douce enfant?
-Lybaëlle...monsieur. Répondit celle-ci d'une voix hésitante.
-Olal, appelle moi Olal.
-Très bien, Olal.
-Lybaëlle tu m'as dit? L'intéressée hocha légèrement la tête, nerveuse, elle se sentait jugée.
Humm, ce prénom est si joli, si poétique. Continua Olal. Mon esprit entier s'envole devant cette langoureuse phonétique...
-Excuse-le, intervint Vérala, il est tombé amoureux de la langue elfique il y a bien longtemps.
-Et cette flamme brûle toujours, renchérit le prince. C'est un brasier de passion exotique, dont la richesse des nuances me réchauffe le c½ur à chaque syllabe. Je suis envahi d'un désir ardent à chaque voyelles et les consonnes sont comme des baisers volés, je...
-Je crois que ça suffit, Olal. » le coupa Vérala en riant. De son côté, Lybaëlle gloussait timidement, décrétant secrètement qu'elle aimait bien cet homme si excentrique.
« Très bien petite sorcière, ronchonna-t-il gentiment en adressant un petit clin d'½il à la guérisseuse, mais tu ne m'empêcheras pas de me délecter de ce nom... Lybaëlle, ma petite libellule, ton nom est aussi charmant que ta figure...Ô, comme le Continent doit être fier de sa sauveuse...
Mais, fit-il brusquement, maintenant que j'y pense, n'est-ce pas la Nature qui t'a créée? On peut donc dire, par assimilation, que c'est l'univers qui t'a choisi: toi, ton apparence, ton esprit, tes ancêtres, non? Il t'a donc choisi depuis la Naissance du Continent, notre monde, puis par celle des Elfes, puis des Humains. Il avait même programmé se chute, donnant le sein à Rebbek, puis à Delecar... Et tout ça avant l'énonciation de la prophétie, c'est donc là que se trouve ton origine... C'est bien ça...
-Je doute que tu sois compréhensible, Olal, lui signala Vérala.
-Ce n'est pourtant pas bien compliqué! Ce que je veux dire conforte l'idée de Destinée, je crois que la naissance de Lybaëlle était prévue de longue date, avant même la création des Pierres.
-Je comprends votre point de vue, Olal. Lybaëlle savait qu'elle s'aventurait sur un chemin dangereux, elle pesait chacun de ses mots. Et je serais d'accord lorsque vous m'aurez éclairée sur un point.
-Vas-y continues. Dit Olal intéressé.
-D'après vous, le Destin est une fatalité, une chose à laquelle on ne peut renoncer?
-Oui, certainement. Il était troublé.
-Donc, pour mon cas soit véridique, il faudrait que tous les cas s'accomplissent, non?
-Bien entendu. Olal était complètement déstabilisé.
-Dans ce cas, pourquoi le Monde aurait fait de vous un prince, vous aurait donner l'occasion de gouverner votre nation, si ce n'était pas votre Destinée? »
Olal ne reprit la parole qu'après un court instant de réflexion:
« Tu as beaucoup d'esprit ma petite Lybaëlle, tu es très intelligente. Tu tire tes épingles du jeu sans aucun problème, tu es une formidable stratège, bravo. Je ne sais que dire d'autre, tu m'as presque convaincu...Tu me fait beaucoup penser à ton père.
-Vous connaissez Vahne? s'étonna la jeune fille...
- Non, mais je connaît très bien Taralion, et entre nous, il ne pourrait pas te renier, tu lui ressenmble énormément, mis à part tes cheveux...J'en avais jamais vu de tels auparavant. »
Lybaëlle avait du mal à comprendre, pourquoi un homme qui l'a abandonné serait fier d'elle ? Elle espérait seulement que les révélations qui allaient venir par la suite la rassureraient, mais au fond d'elle-même, elle savait que non, que plus les jours avançaient plus son Destin se rapprochait, comme le lui avait dit Olal. Elle se risqua tout de même à poser une ou deux questions, sait-on jamais...
« C'est vrai ? Où vit-il ?
- C'est la plus pure des vérités mon enfant. Il vit parmi ses semblables, dans la Fëleala, comme tous les Elfes bien sûr ! »
Ça y est, Lybaëlle venait de recevoir la réponse qu'elle redoutait le plus, celle qui lui disait que Vérala avait toujours eu raison.
« C'est lui qui m'a apprit sa belle langue maternelle, avant qu'il ne rencontre ta mère...
- L'avez-vous elle aussi connu ?
- Non, et heureusement, car d'après ton père, c'est elle qui t'a abandonnée...
- Mais...
- Il suffit jeune demoiselle. Tu dois désormais répondre seule à ces questions, ou peut-être que d'autres t'aideront. Il lança un regard à Vérala, qui comprit instinctivement ce qu'il voulait dire. Sur ce, mes dames, je vous dit adieu, j'ai des droits à faire valoir ! »
Ayant dit ces mots, une fumée d'un vert argenté l'entoura, vaporeuse. Puis Lybaëlle fut aveuglée par un éclair de lumière vive, accompagné d'un bruit indescriptibe, se rapprochant de celui d'une aspiration soudaine. Quand le brouillard fut dissipé, toute trace d'Olal ou même du stand avait disparue...

# Posté le samedi 25 août 2007 12:21

Modifié le jeudi 06 mars 2008 04:58