Un vent frais soufflait dans les cheveux de Lybaëlle. Il venait du nord et de ses étendues glacées, des Maudites, blanches comme la neige, qu'on apercevait au loin derrière l'immensité des plaines. La jeune oracle fit encore jouer ses sens, mais comme depuis la veille, elle ne trouva aucun signe des mercenaires qui les suivaient depuis Tholgor. Elle ne pouvait croire que trois voyageurs peu entraînés aient pu semer une compagnie de cinquante soldats si facilement, il se tramait quelque chose. Mais quoi ? Francis et Vérala y réfléchissaient déjà depuis un moment, sans toutefois trouver de réponse. Désormais, il leur faudrait compter sur le hasard et leurs pressentiments, à moins que les ennuis resurgissent rapidement. Et c'était la possibilité la plus logique, les sbires du roi, ces misérables chasseurs de prime avaient un plan bien précis ; ils avaient tout mis en oeuvre de manière inéluctable, afin que quoiqu'ils fassent, où qu'ils aillent, les trois malheureux compagnons étaient piégés. Mais l'esprit de Lybaëlle était bien loin de tout ça, plongé dans l'incertitude : depuis quelques jours, les révélations d'Olal avaient réinvesties ses songes. Elle allait jusqu'à en rêver la nuit, mais elle gardait tout cela pour elle, c'était trop personnel pour qu'elle en parle. Chaque soir elle espérait que ces cauchemars l'abandonne, chaque soir ils revenaient la hanter. Elle priait pour retrouver la paix dès qu'elle atteindrait Imlyris, cependant, le chemin était encore long. Ils n'avaient pas encore dépassé le Couloir, une avancée rocheuse périlleuse, que nul voyageur circulant dans la vallée Sgana ne pouvait éviter. Ce Couloir donnait directement sur le Sanctuaire, un endroit Sacré planté d'un grand saule et d'une centaine de statues de pierres dont la jeune fille ignorait, comme chaque humain, la signification. Mais il présentait aussi l'endroit le plus propice que Francis n'ait jamais vu en ce qui concerne l'élaboration d'une embuscade parfaite. Les fuyards devaient alors le traverser le plus rapidement possible et s'arrêter dans le Sanctuaire où la magie elfique interdisait tout affrontement.
Après un dernier sur l'horizon, Lybaëlle soupira et vint s'asseoir auprès de ses amis. Depuis qu'ils avaient quitté la capitale, elle avait changé d'avis à propos de l'ancien capitaine. Alors qu'autrefois elle se serait volontiers passé de sa compagnie, elle lui semblait désormais indispensable et bien plus que sympathique. Elle devait même s'avouer qu'elle s'était prise d'affection, au même titre que sa guérisseuse, pour ce grand homme qui avait vécu tant de malheurs. Il leur avait raconté les difficultés de son enfance dans les quartiers pauvres de Dratz, puis la mort de sa mère alors qu'il n'avait jamais connu son père. Son engagement dans la marine quand il n'avait que de douze ans, puis son service auprès du roi, toutes les batailles qu'il avait endurées, les tortures qu'il avait subies, le meurtre de sa fiancée vingt auparavant. Il avait ainsi démontré aux deux jeunes femmes la haine qu'il avait secrètement portée au roi pendant tout le temps qu'il avait appartenu à sa garde ; et par la même occasion, il leur avait fourni une raison supplémentaire de lui faire confiance: ils avaient un ennemi commun. Et à ce moment-là, leur ennemi ne leur avait jamais semblé aussi présent. Le silence qui s'imposa entre eux était lourd de sens. Ils devaient traverser le Couloir aujourd'hui, ou mourir des mains des mercenaires du tyran, mais il fallait qu'ils tentent leur chance.
Après un dernier sur l'horizon, Lybaëlle soupira et vint s'asseoir auprès de ses amis. Depuis qu'ils avaient quitté la capitale, elle avait changé d'avis à propos de l'ancien capitaine. Alors qu'autrefois elle se serait volontiers passé de sa compagnie, elle lui semblait désormais indispensable et bien plus que sympathique. Elle devait même s'avouer qu'elle s'était prise d'affection, au même titre que sa guérisseuse, pour ce grand homme qui avait vécu tant de malheurs. Il leur avait raconté les difficultés de son enfance dans les quartiers pauvres de Dratz, puis la mort de sa mère alors qu'il n'avait jamais connu son père. Son engagement dans la marine quand il n'avait que de douze ans, puis son service auprès du roi, toutes les batailles qu'il avait endurées, les tortures qu'il avait subies, le meurtre de sa fiancée vingt auparavant. Il avait ainsi démontré aux deux jeunes femmes la haine qu'il avait secrètement portée au roi pendant tout le temps qu'il avait appartenu à sa garde ; et par la même occasion, il leur avait fourni une raison supplémentaire de lui faire confiance: ils avaient un ennemi commun. Et à ce moment-là, leur ennemi ne leur avait jamais semblé aussi présent. Le silence qui s'imposa entre eux était lourd de sens. Ils devaient traverser le Couloir aujourd'hui, ou mourir des mains des mercenaires du tyran, mais il fallait qu'ils tentent leur chance.

